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CONTACT



Emmanuelle Bollack

14 rue du Plateau 75019

06 09 49 45 48

emma.bollack@gmail.com


Emmanuelle Bollack est née à Berlin. Elle vit et travaille à Paris.


FORMATION ET EXPERIENCES PROFESSIONNELLES
1976 Met de Penninghen, école supérieure d'art graphique (Paris)
1977-1979 Licence de lettres modernes, Paris III, Censier
1980-1985 Ecole Nationale supérieure des Beaux Arts, Paris
1986 Bourse d'étude à la Casa Velasquez, Madrid
1987 Ecole de peinture décorative en trompe l'oeil (Bagnolet)
1987-1990 Divers travaux de décoration pour la publicité et le cinéma
1991-1993 Animation d'ateliers pour enfants et adultes en atelier privé
2010-2013 Animations de stages pour adultes et enfants (séjours artistiques).


EXPOSITIONS PERSONNELLES
2018 Galerie Convergences, Paris
2013 Aora, Neuilly sur Seine
2012 Galerie-Éditions Mauguin, Paris
2011 Chez Paule du Bouchet, Paris
2010 Galerie Editions Mauguin, Paris
2008 Société psychanalytique de Paris, Bibliothèque Sigmund Freud
2006 Galerie L'Or du Temps, Paris
2003 Galerie Vieille du Temple, Paris
2001 L'art dans les Chapelles, Pluméliau, Bretagne
2001 Galerie La Teinturerie, Paris
2000 Chez Nathalie Riquelme, Paris
1999 Galerie La Teinturerie, Paris
1997 L'Archipel sur le lac, Marcigny, Bourgogne
 

EXPOSITIONS COLLECTIVES
2016 Pontivy, Bretagne
2016 Galerie Jean Fournier, Paris
2015 Galerie 0. Nouvellet, Paris
2015 Galerie Convergences, Paris
2013 Les rencontres des Jubliers, Yonne
2012 Paule du Bouchet, Paris
2011 Les rencontres des Jubliers, Yonne
2010 Les rencontres des Jubliers, Yonne
2010 Poétrie, avec Myrto Gondicas, Paris
2006 Galerie Brun Léglise, Paris
2006 ART PARIS, Galerie L'Or du Temps
2005 ART PARIS, Galerie Di Meo
2002 ART PARIS, Galerie Vieille du Temple
2002 Galerie Vieille du Temple, Paris
1999-2001 Galerie La Teinturerie, Paris


LIVRES ET PUBLICATIONS
2015 Revue litteraire Sarrazine, octobre
2012 « Les carnets de l'impatiente », Texte d'Emmanuelle Bollack, Photographies de Marion Stalens
Illustrations de couverture et publications :
2011 Illustrations pour la revue de poésie La passe, à paraître
2010 Illustration de couverture et reproductions dans La philologie au présent, éd. du
Septentrion
1992 La danse dans le Monde, de Lorrina Niclas, Centre international de Bagnolet pour les œuvres chorégraphiques, éd. Armand Colin
1991 Etudes sur Paul Celan, « Lectures à plusieurs », Revue des Sciences Humaines
1990 Œdipe-Roi, par Jean Bollack et Pierre de La Combe, 4 volumes, éd. des Presses
universitaires de Lille 1988 Agamemnon d'Eschyle, par Jean Bollack et Pierre de La Combe, éd. des Presses universitaires de Lille


LANGUES PARLEES
Anglais , Italien.


COMPETENCES
Ecriture, accrochage d'expositions, sens de la pédagogie

 



ÉCRITS SUR EMMANUELLE BOLLACK



Sous la sorte, l'accès, Daniel Dobbels, écrivain, chorégraphe

Sous cette sorte de chose qui s'étire, s'étend, donne l'issue comme fond et motive l'essai : il le faut ( l'oeil, peut-être fermé,
brasse ces traits et ne cède à aucun affolement ).

Sous la sorte ( de dessin ) glissé comme une fermentation du temps, du gris embrasé. Il se tient et se nappe, glisse entre les plis.
Il vient des visages. L'accès est ce qui ne peut être perdu de vue, l'accès est comme un soir décadré.

Ce qu'il faut déchirer pour qu'une surface demeure - et que soient induites de longues visibilités.

L'impatience serait trop sombre. Emmanuelle Bollack sait que le droit de souligner lui est retiré. Les parois se posent, le temps
venu, sur la ligne d'un sol : l'air et la main les ont consolidées, onglées, sonorisées par de longs silences. Elles suspendent,
font face et tournent sur elles-mêmes, imperceptiblement.

Tour lent, ignorant son mouvement. Ce que l'essai a d'essentiel ? Son acte, entier mais détramé. Au devant, la tête sauve.

Tour qui décline l'adresse. Celle-ci est lointaine, plongée lointaine, sauvegardant ce que l'on nomme sans raison. Il y a au coeur
de cette matière une lutte réelle contre une poussière réelle : ni précarité, ni précocité, mais des fuites consenties, heureuses,
que le cerveau enregistre comme des gains d'espace, si intimes qu'ils promettent. Emmanuelle Bollack voit naître ce qui est promis.

Force de ses dessins - qu'ils ne s'arrêtent jamais au mouvement qu'ils appellent. S'ils vont en reconnaissance, c'est aimantés
par un site que la limite comme l'excès ne cerclent pas :

« Il est une solitude d'espace
Une solitude de mer
Une solitude de mort, mais elles sont
Société encore
Comparées à ce site plus profond
À cette intimité polaire
Une âme admise à elle même
Infinité finie. »
Emily Dickinson

 

 

Des noix subtiles, Daniel Sibony, psychanalyste

 

La plongée dans la peinture est une épreuve de vérité.

 

Emmanuelle Bollak a peint récemment une série sur le thème des noix. Ce sont quelques noix posées, disposées, et cela met bien en jeu cette question des positions, les positions des corps entre eux. Un corps ne se pose pas tout seul, il a le monde autour de lui et notamment d’autres corps proches ou distants. Il y a aussi l’ombre de ces noix produite par une lumière mystérieuse. Avez-vous une idée des ombres produites par votre corps selon des lumières variables ? Et des ombres portées par vous, projetées sur vous par d’autres corps ?

Cet équilibre ou vacillement dans cette petite constellation de n noix, la physique mathématique l’explore toujours avec le problème des n corps plongés dans l’espace : leur attraction, leur tension mutuelle, leur équilibre impossible qui se résout dans le mouvement.

Mais venons-en au fruit lui-même car la noix en est un, étrange. On peut malmener son écorce, le fruit reste bien protégé et garde sa saveur. E. Bollak ouvre quelques noix et les demie-noix qu’elle nous offre sont un point d’angoisse et de rire : il n’y a pas de fruit et pourtant c’est plein, c’est un vide de plénitude énigmatique. On ouvre le fruit et au lieu de le consommer et de passer à autre chose, on est devant un mystère qui résiste.

Parfois, il en émane non plus des ténèbres mais des lumières dorées. La noix ouverte par Bollak donne sur la nuit et le soleil. Parfois elle n'existe que par la lumière, l'autre lumière, qui la porte, ou qui l'inonde, ou qui lui donne une nouvelle ombre ; une transparence étrange qui ouvre comme une fenêtre sur ce qu'une tradition appelle le feu de l’être.

Car j’y ai vu une allusion, involontaire, au jardin des noix de la Kabbale. C’est même un titre du kabbaliste Gikatila, fondé sur un verset du Chant des Chants : « Au jardin des noix je suis descendu pour voir, dans les buées du fleuve, si la vigne a fleuri, si les grenades ont bourgeonné ». Un sens symbolique (parmi d’autres) de ce verset est clair : au jardin du fruit dur, qui demande à être ouvert, je questionne les buées du fleuve, celui de l’héritage, de la mémoire, de la transmission d’être ; que s’est-il transmis, que s’est-il passé jusqu’à moi ? Il y a déjà deux espoirs dans cette appel du jardin .

Et voici donc le fleuve de la transmission qui arrive jusqu’à E. Bollak passant, disons par son père - éminent helléniste qui a transféré sur le champ grec toute la passion juive du texte, mettant un soin méticuleux à éviter le texte hébreu, comme pour en faire reconnaître la tension signifiante à travers le grec, à travers le texte de l’autre. Et voici que le fleuve passant par lui arrive avec ses buées à sa fille qui se trouve en train de peindre, à son insu de la Kabbale comme on peint à l’huile ou à l’acrylique. Elle retrouve donc par l’instance poétique du pictural, la passion non pas de telle ou telle culture mais du geste qui cultive les énigmes du savoir et qui tente de les dénouer (de les dé-noix-yer).

 

E. Bollak peint donc la vérité d’une épreuve où se transmettent ombre et lumière, saveur (du fruit) et dureté (de l’écorce), savoir et inconscient.

 

 

Quelque chose, invisible, sans titre, Olivier Delavallade, directeur du Centre d'art contemporain de Kerguéhennec ( Morbihan )

Il y a des oeuvres qui vous habitent longtemps. Celle dont il est question aujourd'hui est de cette espèce. Elle se présente
pourtant bien pauvrement : du sable, de l'encre noire, de la colle, une toile non préparée agrafée sur un carton. Voilà tout.
Rien de somptueux, rien d'éclatant, pas de couleur, pas même le secours d'une belle matière. Au premier regard, nous avons plutôt
le sentiment d'une sécheresse, et puis très vite, ce sentiment s'amplifie, non pas d'une aridité mais un incendie, ou plutôt un paysage calciné,
non pas désertique mais déserté. En même temps, nous avons le sentiment d'un grouillement, d'une profusion,
comme si quelque chose, entassé, amassé, occupait l'espace. Juste une ouverture, dans le haut - l'encre, en jus léger,
dessine une sorte de ciel, une faille apparaît, au centre du tableau - plus un gouffre qu'une éclaircie. Parmi les matériaux, le plus ténu
et le plus important peut être : un papier froissé, comme si c'était la toile elle-même, remuant au coeur du tableau, dessinant un relief,
une houle, un renflement, comme un bitume soulevé. C'est que la toile d'Emmanuelle Bollack nous parle de quelque intempérie,
de chavirement, de certain naufrage, peut-être d'ailleurs celui de notre propre embarcation - exercice périlleux du regard !

Emmanuelle Bollack a enfoui là quelque chose, invisible, peut-être irregardable. Tu n'as rien vu à Hiroshima, disait l'héroïne
de Marguerite Duras. Nous n'avons rien vu non plus ailleurs. Rien. Nul. Et depuis combien de temps ? Et maintenant, que ne voyons-nous
donc pas dans ce paysage, de cet enchevêtrement inextricable, de ce que ni l'artiste, ni moi-même bien sûr, ne nommerons,
parce que le tableau n'est pas là pour asséner, mais pour remuer en nous - seulement un long remous ?

Le tableau ne nous laissera donc pas tranquilles ! Et des artistes, peintres malgré tout, " bons qu'à ça", continueront, en dépit
du silence assourdissant des regards qui se détournent, ici comme ailleurs, aujourd'hui comme hier : pas assez explicite, pas assez efficace,
pas assez direct, pas assez interactif, pas assez ludique, pas assez pathétique … Le tableau n'est pas dans l'air du temps.

S'il vous plaît, arrêtez-vous juste un moment, juste pour regarder, un moment, pour laisser à votre regard une chance
de recevoir ce tremblement. N'ayez pas peur, votre regard accordera cette petite musique à la votre, en tenant compte de votre sensibilité,
de vos goûts, de votre histoire car, à la différence de certaines images, la peinturent même violente,
est infiniment respectueuse de la liberté de celui qui regarde.


peinture

Emmanuelle Bollack, Muriel Enjalran ( Frac Île-de-France )

Expérience du surgissement de la forme, voilà ce qui guide l'oeuvre picturale d'Emmanuelle Bollack depuis une vingtaine d'années. Les phénomènes
d'apparition, d'émergence du sujet dans la matière sont au coeur de son travail qui se déploie sur différents supports : papier, tissu, toile.
Après l'épuisement de beaucoup de « formes et d'attitudes », elle réactive les recherches picturales des peintres Jean Fautrier et Wols ou celles du peintre
catalan Tapiès prolongées par l'oeuvre de Miquel Barcelo.

On retrouve en effet dans sa peinture cette gestualité ample et spontanée proche de la calligraphie associée à une matérialité expressive.
Si, comme eux, elle a refusé une figuration trop explicite, le sujet n'est pas pour autant un élément secondaire, prétexte à l'élaboration d'une abstraction :
il est central, fil conducteur qui loin de borner le champ de sa peinture, lui offre une grande liberté. Chez elle, l'objet devient pensée, pensée du mouvement
et le mouvement une caractéristique de l'espace. Un dialogue tendu, dépouillé s'instaure alors entre la figure et l'espace et tend à l'unicité du sujet.

Ainsi, paysages, fleurs, arbres, figures sont autant de sujets qu'elle recherche dans la matière, qu'elle travaille, incise, gratte, intégrant
quelque fois du sable à la couleur. La lumière vient ensuite animer la forme en accrochant la matière. Formes, couleurs et sujets se condensent alors
en un seul signe pour générer des compositions qui rendent palpable le visible et évoquent la vie. C'est une peinture de la terre dans trous ses états :
minérale à travers des paysages lunaires, désertique, quelque fois tout en transparences qui résonnent d'un silence mystérieux, mais également terre
vivante, chaude, féconde, sensuelle, brûlée par la couleur.

Foisonnement et réserve, ambivalence de son oeuvre qui oscille entre apparition et disparition. La richesse de sa matière, la liberté
du geste, son rythme cohabitent avec une part d'étrangeté. Sa peinture ne se livre pas immédiatement, il faut s'en imprégner pour la saisir dans toute
sa dimension. La matière, si elle est le lieu de la beauté, est aussi celui d'une certaine violence, voire terreur. La matière, c'est du temps, un temps à l'oeuvre
dans sa peinture, à l'image d'un cycle naturel qui recouvre et découvre la terre.

La peinture d'Emmanuelle Bollack irradie de mystère, de profondeur, les formes qui y surgissent viennent de « Lointains intérieurs »,
pour reprendre ici l'expression du poète et peintre Henri Michaux. Ses séries déclinent autant d'éléments d'un univers métaphorique et lyrique,
univers proche de celui des poètes; elle a d'ailleurs travaillé souvent dans un format correspondant à la double page d'un livre.

Solitude nécessaire d'Emmanuelle Bollack pour construire son oeuvre, retenir son sujet avec ses tensions et ses fugacités,
irrémédiablement cette attitude, ce plan de vie nous ramène à Alberto Giacometti :
« La solitude, comme je l'entends, ne signifie pas condition misérable mais plutôt royauté secrète, incommunicabilité profonde mais connaissance
plus obscure d'une inattaquable singularité. »

Jean Genet, L'atelier d'Alberto Giacometti, L'arbalète, 1986



La naissance d'un monde, Tristan Hordé, écrivain 2011

Le travail d'Emmanuelle Bollack, aquarelles et huiles, est éloigné de toute représentation des choses du monde, comme devrait l'être toute peinture.
Cela ne signifie pas que la réalité, que l'expérience du monde sensible sont absentes de son oeuvre, mais elles ne sont pas offertes, elles doivent être
reconstruites par celui qui regarde.

Dans les aquarelles, les couleurs s'épousent ou parfois se dévorent, donnant le sentiment qu'un univers est en train de s'élaborer sans qu'il soit nécessaire
d'arrêter ses formes : des plis et replis se font et défont, le sol se gonfle et se pousse vers un ciel qui l'écrase, des collines bleues se boursouflent
et occupent tout l'espace, des fragments de nuages accumulés écrasent l'horizon de leur foisonnement, des couleurs qu'on dirait refuser les limites
du cadre sont comme cendres issues d'un volcan caché, des lignes s'esquissent et s'enflent … Cette gestation obstinée, continue, multiforme est aussi à l'oeuvre
dans les huiles, plus lente moins furieuse de s'achever sans être pour autant paisible : un même feu intérieur commande mais le matériau résiste, comme si
un ordre tentait de s'imposer au regard du peintre.

C'est un monde à ses origines, où terre et ciel et eaux ne se séparent pas encore, se mêlent sans qu'on puisse les isoler, un monde où les couleurs demeurent
dans un rapport fusionnel, la toile ou le papier comme un ventre d'où surgissent des vies sans nombre, hésitantes encore mais que l'on devine bientôt
prêtes à se développer alors que d'autres ont pris leur élan. Ici, des insectes grouillent, des fleurs sans tige cherchent leur épanouissement, des troncs d'arbres
poussent leurs branches vers la lumière, se composent et recomposent des contrées étranges. Là, un soleil sombre éclaire des formes mauves, un corps nu
grandit et partage la scène, un groupe d'oiseaux chasse les nuages. Ailleurs, ce sont des linges au vent, une chair noire sans corps, des animaux indistincts,
ou des brumes qui deviennent roches puis montagnes, des végétaux qui s'animent …

Quelles que soient les couleurs en oeuvre, les techniques et les apports qu'elle emploie, Emmanuelle Bollack donne à voir un monde dont les multiples éléments
semblent en conflit. Le regard, troublé, cherche des limites entre les ensembles et, progressivement, découvre une harmonie. Certes, il ne s'agit pas
d'une harmonie classique d'où l'inquiétude, l'impatience seraient exclues, mais née d'une discipline qui ne refuse pas l'impertinence, l'abandon des normes :
cela suppose une démarche, une recherche qui accueillent le doute.





Photographies de Marion Stalens. Site réalisé par Pauline Barzilaï et Julien Margelin, 2012